Les Entretiens de Chartres – Assises nationales de l’Artisanat

L’artisanat, champion de l’adaptation

Le 12/08/2015
par Christelle Fénéon
Organisés le 11 octobre dernier en ouverture des Artisanales de Chartes, Les Entretiens de Chartres – Assises nationales de l’Artisanat ont permis de prendre le pouls d’un secteur qui, bien que durement touché par la crise et différentes formes de concurrence déloyale, peut compter sur sa formidable capacité d’adaptation pour résister, se réinventer et tirer profit de tendances de consommation plutôt favorables.
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« L’artisanat en mutation : nouveaux entrepreneurs, nouveaux métiers » : tel était le thème des Entretiens de Chartes 2013. Le 11 octobre, experts, politiques et artisans étaient donc réunis pour réfléchir et échanger sur la dynamique d’évolution du secteur. Premier constat : l’artisanat est le champion toutes catégories de l’adaptation. Second constat : la crise contraint à bouger encore plus vite. « La seule chose stable dans l’artisanat, c’est le mouvement », a ainsi lancé Gérard Rapp, président de la Société des Meilleurs Ouvriers de France.

« La seule chose stable dans l’artisanat, c’est le mouvement. »
Gérard Rapp, président de la Société des Meilleurs Ouvriers de France. 

« Par son modèle économique, sa flexibilité, l’artisanat a réussi à traverser les crises », a aussi rappelé Catherine Élie, directrice des études et du développement économique à l’Institut Supérieur des Métiers (ISM). Ce que confirme Alain Griset, président de l’Assemblée permanente des chambres de métiers de l’artisanat (APCMA) : « Depuis 20 ans, la vitesse de changement est de plus en plus grande ; ce qui est exceptionnel, c’est la réactivité de l’artisanat ». Par le passé, l’artisanat a donc fait la preuve de ses extraordinaires facultés d’adaptation, consolidant son tissu et ses emplois, diversifiant son positionnement dans les filières productives et de services. Qu’en sera-t-il à l’avenir ? Deux grands ressorts peuvent lui permettre de poursuivre sur sa lancée : l’évolution des entrepreneurs artisans et celle des métiers.

Plus d’artisans entrepreneurs

Le profil des artisans bouge ; on note une nette élévation du niveau de formation, une montée en puissance des seniors entrepreneurs ainsi qu’une grosse diversification des modes d’entrée dans l’artisanat. « 30 % des artisans viennent d’ailleurs. C’est une vraie révolution ces 10 dernières années. Un phénomène qui est en partie une contre-réponse à la mondialisation », souligne Alain Griset. Une analyse partagée par Pascal Girard, titulaire d’un DESS Finances, associé chez Marie Carrele Décor après une carrière dans la banque : « À un moment, j’ai eu besoin de devenir acteur de l’entreprise, non plus spectateur. Je n’ai jamais été aussi heureux professionnellement ». Jean-Luc Diot, l’ami de toujours dont il a rejoint l’entreprise, poursuit : « L’arrivée de Pascal a apporté de nouvelles compétences, nous a permis de développer de nouveaux marchés. Sans cela, nous n’aurions jamais pu créer une filiale au Brésil ». Autre tendance remarquée : l’afflux de jeunes apprentis passés par la formation académique. Une nouvelle donne jugée essentielle, comme la nécessité de toujours mieux communiquer sur les opportunités et les voies d’excellence de l’artisanat, la capacité de formation et de reproduction étant l’un des ressorts historiques de son dynamisme.

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Accélération des mutations

Si les artisans évoluent, leurs métiers aussi. Certaines professions se raréfient et n’ont pour seul moyen de perdurer qu’un positionnement à forte valeur ajoutée (haut de gamme, sur mesure) ; dans le même temps, de nouveaux métiers émergent, notamment dans le bâtiment, sous l’effet conjugué de l’évolution des marchés et des technologies. Si les tendances de consommation semblent favorables à l’artisanat (lire notre encadré), de nombreux défis et opportunités attendent les chefs d’entreprise. Catherine Élie liste ainsi le marché du vieillissement, l’économie verte et le marché de l’efficacité énergétique (« qui va nécessiter un énorme effort de formation »), le marché du recyclage et de la réparation, la résurgence des filières courtes ainsi que la nécessaire appropriation des  et des usages numériques.

 

Bonne nouvelle !

L’artisanat, une valeur en hausse
La conférence donnée par Catherine Élie a introduit de manière originale la thématique des Entretiens. « Tout le monde prévoyait la mort de l’artisanat », a-t-elle rappelé. Pourtant, l’artisanat a fortement bougé et connu un regain de dynamisme dès les années soixante-dix. De 2000 à 2012, 300 000 entreprises artisanales ont été créées. Avec un solde très positif des emplois, pour atteindre 3 millions d’actifs. Précision de taille : « Une grosse partie de cette croissance s’est faite de 2000 à 2009, donc ce mouvement ne vient pas de l’auto-entrepreneur ». Qu’en est-il aujourd’hui ? « Globalement, les clignotants sont très favorables à l’artisanat », affirme Catherine Élie. Et de lister la fin de la consommation de masse – « les clients veulent du produit personnalité, sur mesure, à la commande » –, des valeurs en hausse comme la proximité, la convivialité, le service, la recherche de traçabilité, le recentrage sur le produit plutôt que sur la marque, un intérêt croissant pour le geste artisanal et la revalorisation du « made in France ».
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