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Chefs d’entreprise avant d’avoir 20 ans

Dans la cour des grands

À 17 ans, Noémie a demandé au tribunal de Béthune une émancipation afin de créer son propre salon de toilettage à Pont-à-Vendin (Pas-de-Calais)
Noémie, Florian et Kélian ont un point commun : celui d’avoir créé leur entreprise à l’âge où d’autres usent leurs fonds de culotte sur les bancs du lycée ou de la fac ou font timidement leur entrée dans le monde du travail. Pas question d’impétuosité ou de fougue irréfléchie, ces jeunes artisans ont mûrement préparé leur projet. Et si le monde appartenait à ceux qui s’y prennent tôt ?

Noémie Dufour – Toiletteuse : De la volonté et du flair

Qui a dit "Souvent femme varie" ne connaît pas Noémie Dufour. Cette toute jeune chef d’entreprise a su très tôt ce qu’elle voulait faire dans la vie, et s’est donné les moyens de ses ambitions. "Petite, je suis allée dans un salon de toilettage. J’ai été séduite par le métier, au contact des animaux et des gens, et par la fibre artistique que supposent les coupes." 

En contrat d’apprentissage au CFA d’Arras (Pas-de-Calais), la jeune femme se constitue un bas de laine de 5 000 euros – tous ses salaires d’apprenties – pour acheter l’équipement de son futur salon. "Pas question d’être salariée. Mon but était d’avoir ma boutique", assure-t-elle. À 17 ans, Noémie se sent prête : elle demande au tribunal de Béthune une émancipation, qui lui est facilement accordée, et loue un local à Pont-à-Vendin. Là aussi, aucun souci avec le bailleur. La jeune dirigeante propose du toilettage pour chiens, chats et lapins et de la balnéothérapie, un service unique dans le Pas-de-Calais. "Au départ, les gens étaient un peu réticents par rapport à mon âge. Mais ils ont vite vu le savoir-faire derrière la jeunesse. Aujourd’hui, j’ai mes habitués." 

Deux ans et demi après l’ouverture de Tendresse canine et féline (en octobre 2015), Noémie s’est installée dans un local plus grand, et s’occupe de 20 à 25 clients poilus par semaine.

Elle accueille une apprentie de 32 ans en formation pour adulte. "Tout se passe bien, même si certains clients pensent que c’est elle la patronne", s’amuse-t-elle. Et si Noémie confie avoir "l’appréhension des lendemains", elle ne manque pas de projets : suivre des formations, acheter les murs de sa boutique… Pas de poil dans la main pour cette dirigeante pas comme les autres.

Florian Herisson – Pâtissier : Tenir le rythme

Florian Herisson n’a pas peur de mettre la main à la pâte. Seul dans son échoppe, ce jeune pâtissier prépare, modèle et sculpte viennoiseries, confiseries, biscuits, gâteaux et en-cas salés. Un choix de vie assumé, même si les journées sont longues : de 4h à 19h30.
"Être mon propre patron relève d’une opportunité. Après mon CAP pâtisserie et ma mention complémentaire pâtisserie, confiserie, chocolaterie, glacerie, j’ai commencé un CAP cuisine. Cela ne m’a pas plu, j’ai arrêté. Comme un local se libérait à 200 mètres de chez moi, je me suis dit, pourquoi ne pas me lancer ?" Aux Délices de Gramont (Pau, Pyrénées-Atlantiques) ouvre ses portes en décembre 2017. Florian a tout juste 19 ans, et un enthousiasme débordant. "Bien sûr, j’ai eu peur au début. Le stage de préparation à l’installation dispensé par la CMA m’a bien aidé, entre présentation du RSI et de la comptabilité." Pendant ses trois ans d’apprentissage, le jeune artisan vivait chez ses parents. "J’ai pu mettre de côté environ 14 000 euros, qui m’ont permis d’acquérir l’équipement nécessaire à mon installation." Florian ne se verse pas de salaire. Tout son chiffre d’affaires – entre 3 500 et 4 000 euros mensuels – est réinvesti dans l’aménagement de son fonds de commerce. "J’ai un projet de devanture à 4 400 euros et j’envisage d’acquérir une nouvelle vitrine pour 4 000 à 5 000 euros. Je pense commencer à me rémunérer dans les six mois. Par la suite, j’aimerais embaucher une serveuse à mi-temps." 
Les affaires marchent bien pour l’entreprise, dont le chiffre d’affaires et la clientèle augmentent chaque mois. "Je le dois au bouche-à-oreille et à ma page Facebook, que j’alimente quotidiennement de photos de mes produits. Je planche aussi sur l’ouverture d’une page TripAdvisor », conclut le jeune patron.

Kélian Lepan – artisan digital : Double vie

À 18 ans, Kélian Lepan a de l’ambition à revendre. En mars 2017, ce jeune artisan, alors en CAP signalétique enseigne et décor, crée son entreprise, Lepan Communication (Salles, Gironde). Un premier jalon vers l’objectif ultime : monter une holding. "En 2016-2017, j’ai remporté de nombreux concours en ligne de création graphique, qui m’ont convaincu d’ouvrir ma boîte. Au départ, Lepan Communication se voulait une agence de communication classique, mais il y avait trop de monde sur ce secteur. Je me suis alors axé sur le digital, notamment en créant des campagnes publicitaires et en gérant des réseaux sociaux. C’est un marché de niche." Malin, Kélian fait de son âge un atout différenciant. "Les gens pensent qu’un jeune maîtrise mieux les outils digitaux."

Le chef d’entreprise mène une double vie : le jour, il est étudiant en première année de bac pro réalisation de produits imprimés et plurimédia. La nuit, il honore ses commandes. "Cela ne me fait pas peur. L’année où j’ai créé ma boîte, j’ai aussi décroché le titre de Meilleur Apprenti de France en signalétique. Je travaille 35 heures par semaine pour mon entreprise. J’ai une dizaine de clients, pour beaucoup réguliers." Installé chez ses parents, Kélian met chaque sou de côté pour servir son ambition. "Je suis actuellement en train de finaliser la création d’une société de marketing." Petit à petit, celui qui envisage un BTS après son bac pro place ses billes. "Je me consacrerai totalement à mon objectif à la fin de mes études. À terme, je vise un bon portefeuille clients, des locaux dédiés à ma holding, plusieurs sociétés dans des domaines variés et l’emploi de sous-traitants."

Le Moovjee, un pied à l’étrier

Depuis 2009, le Moovjee (Mouvement pour les jeunes et les étudiants entrepreneurs) propose aux entrepreneurs, créateurs ou repreneurs d’entreprise, de 18 à 30 ans, de bénéficier d’un accompagnement pour le développement de leur entreprise, sous la forme d’un programme de mentorat par un entrepreneur expérimenté, d’un accès à un pool d’experts métier bénévoles, d’ateliers techniques de groupe et d’une intégration dans l’écosystème entrepreneurial. Le Moovjee organise chaque année un prix, doté d’une aide financière et technique, pour mettre en lumière les capacités d’action des jeunes et étudiants entrepreneurs. Au Moovjee, 60% des jeunes entrepreneurs accompagnés sont déjà employeurs dans les trois premières années d’existence.

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