L'enquête

Slow Made : le temps, un allié de qualité

Le 13/03/2018
par Isabelle Flayeux
Né de la volonté de fédérer les acteurs des métiers d’art et de la création autour d’une signature collective, le Slow Made porte des valeurs axées sur une production durable et de qualité. Une aspiration et un savoir-faire présents chez certains professionnels de l’alimentation au modèle économique voisin de celui valorisé par le mouvement.
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Par ses choix et son processus de fabrication rigoureux, le temps passé à développer des produits qualitatifs, le chocolatier adopte un modèle économique proche de celui valorisé par le Slow Made.

En guise de protestation contre l’invasion du fast-food, des gourmets italiens, menés par le chroniqueur gastronomique Carlo Petrini, se rassemblent sous la bannière "Slow Food" et créent, en 1989, une organisation internationale à but non lucratif. L’engagement actif contre la production standardisée favorise l’émergence de mouvements "Slow" dans différents secteurs. En France, Marc Bayard, conseiller pour le développement culturel et scientifique de Mobilier national et manufactures nationales, est à l’initiative du "Slow Made" lancé en 2012 avec l’Institut national des métiers d’art (Inma) : "Prendre son temps a une connotation négative dans notre société hyperactive où tout le monde est pressé. En application du Slow Food, j’ai développé un concept, sorte de marketing intelligent, capable de définir une identité, de rassembler les métiers de la création et duquel découlent une philosophie et un moyen d’analyse". Le Slow Made, qui signifie "fait en prenant le temps nécessaire", regroupe trois champs d’intervention. "Le sur-soi, c’est-à-dire tout ce qui concerne la personne (vêtements, cosmétique, maroquinerie), le chez-soi, soit les métiers de la décoration, et le autour de soi, qui englobe les problématiques transversales de production et de consommation, souligne le conseiller. Tous les artisans d’art peuvent se revendiquer Slow Made à partir du moment où la valeur du geste et du temps entre dans leur processus de production."

« Le Slow Made est un mouvement rassemblant une communauté d’acteurs des métiers de la création, un art de vivre d’une société aux choix éthiques de production et de consommation, une signature collective valorisant la maîtrise et le temps du geste au service de la recherche et de l’innovation », Inma.

Au-delà des métiers d’art

Catherine Élie, directrice des études et du développement économique de l’Institut supérieur des métiers (ISM), estime qu’ "un certain nombre de valeurs du mouvement comme le juste prix donné à la fabrication, la prime au temps plutôt qu’à la rapidité, à la qualité plutôt qu’à la quantité, font intrinsèquement partie des préceptes de l’artisanat". Si le Slow Made concerne les activités de création et de fabrication, on retrouve ces mêmes notions dans la démarche menée par certains professionnels des métiers de bouche à travers leurs choix de matières premières, de production et de création. "Le chocolatier ou le boulanger qui choisit les meilleurs ingrédients, qui prend le temps nécessaire à préparer un produit qualitatif, parfois innovant, adopte un modèle économique proche de celui valorisé par le Slow Made." À la faveur d’une évolution des comportements de consommation, le Slow Made fait ressurgir des valeurs essentielles propres à l’artisanat de fabrication qui n’étaient plus valorisées à une époque où la priorité était donnée à la consommation de masse, la quantité et la rapidité.

Marc Bayard : marc.bayard@culture.gouv.fr | Catherine Élie : c.elie@infometiers.org |slowmade.net | www.mobiliernational.culture.gouv.fr 

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