Yves Fossaert - Manufacture d’orgues

Souffler ses bons tuyaux

Le 07/05/2018
par Samira Hamiche
Spirituels, monumentaux, aériens… Héritiers de l’Antiquité, les orgues sont de précieux instruments, dont la mécanique nécessite un entretien minutieux. Amoureux de ces joyaux musicaux et fervent défenseur de l’apprentissage, Yves Fossaert a un leitmotiv : former pour élever l’esprit des jeunes.
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Yves Fossaert aux côtés de Camille Poirrier, qui se prépare à passer le Bac pro en juin… Persévérance !

En France, seule une poignée d’artisans perpétue le savoir-­faire des facteurs d’orgues. Parmi eux, Yves Fossaert. Installé à Mondreville (Seine-et-Marne), il fabrique, entretient et restaure des orgues. Un travail titanesque, passionnant, qu’il a à cœur de transmettre.

Lauréat 2017 du Prix du maître d’apprentissage, catégorie Échange et transfert d’expériences et/ou de technologies, l’artisan se souvient d’une expérience "gratifiante", signe de la "prise de conscience des efforts fournis par les maîtres d’apprentissage", mais aussi de "la considération des chambres de métiers et de l’artisanat".

Yves Fossaert a formé une douzaine d’apprentis et, de 2006 à 2009, il a également parrainé une quinzaine d’élèves du Centre national de formation d’apprentis facteurs d’orgues (à Eschau, dans le Bas-Rhin). "Cette solution de parrainage par un professionnel a été abandonnée depuis mais elle fonctionnait très bien ; elle contribuait à entretenir un véritable réseau de compétences dans le pays", glisse-t-il.

Don de savoir-faire

Spécialiste de l’harmonisation des tuyaux d’orgues, Yves Fossaert ne fait pas de son expertise une chasse gardée. "Les jeunes me remercient de briser certains "tabous" en leur donnant tout ce que je connais, sans garder de secrets de fabrication", confie-t-il.

Si l’artisan s’engage corps et âme, c’est qu’il croit dur comme fer en l’apprentissage en alternance," seule vraie solution pour transmettre les savoir-faire aux jeunes générations". "C’est une formation basée sur le vécu et l’émotion", résume-t-il. En résulte "une complicité qui demeure au-delà de la période de formation". "Devenus adultes, les jeunes me témoignent de la reconnaissance et cela me surprend toujours. C’est, je crois, ce dont je suis le plus fier", se réjouit l'artisan.

Pas d’unilatéralité

Le phénomène est bien connu : la formation bénéficie tant à l’apprenti qu’à son instructeur. Un effet de vases communicants que décrit parfaitement Yves Fossaert. Enseigner la théorie, notamment, le force à adapter son langage. "Cela remet en question mes acquis et m’oblige à organiser mes idées, pour ensuite transmettre un discours compréhensible sur un sujet très vaste et parfois très abstrait, qui fait référence au "bon goût", à la "bonne proportion", à la "bonne mesure"."

En outre, si l’entreprise a pris le virage du DAO* et de la CAO**, c’est bien grâce à un apprenti, en charge aujourd’hui de la partie "dessin informatisé". Et que dire de cet élève accueilli en 2002, qui a carrément introduit une nouvelle technique de collage des tuyaux de bois ? Belle illustration du "transfert" !

* Dessin assisté par ordinateur. ** Conception assistée par ordinateur.

 Le goût de l’échange 

"Réseauter" : pour les apprentis facteurs d’orgues, c’est capital ! Yves Fossaert propose d’intégrer à leur formation un système de "compagnonnage interne", sous forme de stages dans d’autres entreprises. Objectifs : "développer le goût de l’échange et du partage des savoir-faire" et "faire connaissance avec d’autres équipes et régions". L’idée sera soumise au vote en octobre auprès des Facteurs d’orgues de l’ameublement français (seul syndicat professionnel).

http://orgues-fossaert.com/

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