Rapport Huppé

L'artisanat d'art, un trésor à protéger

Le 15/04/2019
par Samira Hamiche
Le 11 juin 2018, Matignon a confié aux députés Philippe Huppé, Gilles Le Gendre et Raphaël Gérard une mission visant à sauvegarder les métiers d’art et du patrimoine. Suite à une consultation active du secteur, 22 recommandations ont été émises dans le cadre d’un rapport… Qui ne fait pas l’unanimité.
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Le député Philippe Huppé remet officiellement son rapport Mobilier National (Paris XIIIe), le 4 avril. En ouverture du séminaire "France, Métiers d'excellence", le député Philippe Huppé (2e. g.) remet officiellement son rapport à la secrétaire d'Etat Agnès Pannier-Runacher.

Sauvegarder les métiers d’art. Fort louable, l’ambition est un jeu de mikado…  Son tour de France des acteurs du secteur (127 rencontres, 62 auditions), le député Philippe Huppé l’a vécu "avec passion et dévouement". Le fruit de ces amours ? Un rapport "ni politique, ni polémique, qui répond aux problématiques des artisans d’art", pose l’élu de l’Hérault. 

Fil conducteur du document, l’excellence rassemble selon lui "tous les artisans d’art : du professionnel isolé à la PME qui exporte". "Je n’ai pas voulu créer de hiérarchie, mais qu’on reconnaisse l’excellence à tous les niveaux", clame-t-il.

Une philosophie qui se matérialise notamment par le projet de création d’un label "Métiers d’Art d’Excellence". Valable cinq ans (pour se calquer sur la temporalité des EPV), il serait attribué par les Chambres de métiers et de l'artisanat (proposition 2). "Ce sont elles qui connaissent le mieux les professionnels locaux et sauront découvrir des pépites", souligne Philippe Huppé.

Le nouveau label "permettrait à des petites entreprises qui ont tout d’une grande de se démarquer" et jouerait le rôle de "diffuseur d’exemplarité". Seront ciblés des artisans "en recherche permanente, et arrivés à une maîtrise telle de leur savoir-faire qu’ils hisseront leurs collègues et la collectivité".

Chiffres-clés

281 métiers répertoriés
69 000 entreprises artisanales (RM 2017, CMA France)
10% d’élus artisans d’art dans les CMA (source AAF)

Se grouper pour exporter 

Corollaire de l’excellence : le rayonnement économique. "Les métiers d’art sont des trésors, qui nous permettent de briller à l’export", vante le député. Pour harponner les prescripteurs, "la chasse en meute est importante", soutient-il. "Notre époque nous force à être offensifs… Sans pour autant être méprisants ou écrasants", nuance l’élu.

A l’échelle nationale, il s’agira d’ancrer plus solidement les métiers d’art au Plan Action Coeur de Ville (proposition 6), destiné à requalifier les centres-villes. Une quinzaine de projets ont d’ores et déjà été identifiés.

Quid de la gouvernance ? 

La pièce maîtresse de ce rapport est également sa principale énigme. Il est en effet préconisé de créer un Groupement d’intérêt économique (GIE), réunissant l’Institut National des Métiers d'Art (INMA) et l’Institut supérieur des métiers (ISM), mais aussi d’autres acteurs du secteur. Cet opérateur d’Etat unique deviendrait "l’interlocuteur privilégié de l’Etat et des acteurs des métiers d’art".

Pour l’heure, ce projet de GIE n’est qu’au stade embryonnaire : difficile de savoir qui sera partie prenante. De futures concertations estomperont peut-être les divergences (lire l'encadré ci-dessous et l'interview de Aude Tahon) et éviteront aux métiers d’art de se métamorphoser en pomme de discorde...

Savoir-faire ou faire-valoir ?

"Dicté par le lobbying du luxe", "plus favorable à l’industrie", "nébuleux" : le rapport déçoit Ateliers d’Art de France, premier syndicat des artisans d’art. Sa présidente, Aude Tahon, craint une “captation” du secteur des métiers d’art, si péniblement structuré, à des fins de communication.

"On instrumentalise l’image attractive des métiers d’art pour favoriser les entreprises industrielles et générer de l’argent, au détriment des artisans d’art". La refonte du label EPV, "déjà accaparé par l’industrie", de même que le terme d’"excellence", risquent selon Ateliers d’Art de France de  "nuire à la lisibilité du secteur pourtant acquise au niveau législatif". "Il y a des potentiels énormes pour les artisans d’art, et les professionnels entendent bien en bénéficier". L’absence de débat sur la protection sociale fait aussi tâche… 

Une idée fait consensus : la généralisation des "ateliers-écoles", qui "répond au besoin de transversalité du secteur et de reconnaissance des formateurs". Enfin, même si elle doute de l’intérêt d’un nouveau label, Aude Tahon renouvelle sa confiance au réseau des Chambres de métiers et de l'artisanat (CMA), qui "a renforcé les artisans d’art en leur offrant une forte représentativité". 


>> Lire l’interview complète d’Aude Tahon 

>> Lire l'intégralité du rapport du Rapport "France, Métiers d'excellence" et la synthèse des 22 recommandations

>> Chiffres du secteur : consulter la dernière étude de l’ISM (Métiers d’art - Chiffres clés, Mars 2019)  ​​​​​​

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